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Dyad Records / MoonJune / IAC Music
On pourrait imaginer qu'un groupe fort de près de soixante ans de carrière n'a plus grand-chose à dire. Pourtant, avec Thirteen, Soft Machine prouve magistralement le contraire.
Le groupe, qui depuis ses débuts a contribué à forger le langage du progressif / jazz fusion, revient avec un album qui, loin de verser dans la nostalgie, réinvente son propre vocabulaire musical en lui insufflant une modernité et une fraîcheur aussi inattendues que réjouissantes.
Mais pouvait-il en être autrement, au regard des musiciens qui composent aujourd'hui ce légendaire combo ?
John Etheridge, guitariste discret mais essentiel, en est l'âme : il y déploie ses talents depuis plus de cinquante ans, veillant à la continuité et à l'identité du groupe. Sa guitare oscille entre élégance mélodique et énergie incisive, capable de soutenir les morceaux tout en créant des dialogues subtils avec les autres instruments.
À ses côtés, Fred Thelonious Baker, bassiste inventif, apporte puissance et groove aux compositions, consolidant les fondations rythmiques tout en explorant des lignes mélodiques surprenantes.
Asaf Sirkis, nouveau cœur battant du groupe, insuffle précision et énergie grâce à un jeu polyvalent et tout en couleurs - lui dont Robert Wyatt disait : « Je connais les dons d’Asaf depuis des années, suffisamment pour dire que, pour autant que je sache, il n'y a rien qu'il ne puisse faire lorsqu'il s'y met. » Sa batterie ne se contente pas de marquer le tempo : elle sculpte l’espace sonore, crée des tensions et des respirations, donnant aux compositions une vitalité constante.
Et puis, bien sûr, Theo Travis, génial multi-instrumentiste que beaucoup ont découvert auprès de Steven Wilson, qui l'a largement mis en lumière, ou encore au sein de Gong, groupe avec lequel il a longtemps collaboré. Sa flûte et son saxophone traversent Thirteen de bout en bout, apportant des couleurs subtiles et émotionnelles.
Tantôt elles dialoguent avec la guitare d'Etheridge, tantôt elles s’immiscent par petites touches fluides et aériennes, apportant de la légèreté aux passages les plus denses et amplifiant l’aspect dramatique des moments plus intenses.
Quatre musiciens d'exception qui s'attachent à créer une musique respectueuse de l'héritage de ce groupe légendaire, tout en le propulsant résolument vers la modernité. Chaque morceau semble pensé pour surprendre et captiver l’auditeur, alternant passages feutrés et explosions instrumentales, improvisations libres et structures sophistiquées.
Leur musique navigue ainsi entre jazz-rock progressif raffiné, élans psychédéliques, volutes atmosphériques, boucles ambient et paysages presque cinématographiques, laissant toujours une large place à l’improvisation.
Elle joue en permanence sur les contrastes : entre intimité et expansivité, atmosphères feutrées et débordements exubérants, densité sonore et silences suspendus. L’album réussit à être à la fois exigeant et accessible, surprenant sans jamais perdre l’auditeur, et profondément vivant dans chaque note.
Une musique et un album sur lesquels plane aussi l’ombre de Daevid Allen, qui intervient posthumément sur le court et lancinant Daevid's Special Cuppa - comme pour sceller un disque vibrant et inspiré, preuve éclatante que Soft Machine n’appartient pas seulement à l’histoire du jazz fusion, mais continue d’en écrire le présent.
Thirteen est porté par la passion évidente de quatre musiciens qui respirent à l’unisson, perpétuant la mémoire de Soft Machine tout en ouvrant des perspectives inédites pour son futur, lumineux et audacieux.
Titres:
1. Lemon Poem Song
3. Seven Hours
4. Waltz for Robert
5. The Longest Night
6. Disappear
7. Green Books
8. Beledo Balado
9. Pens to the Foal Mode
10. Time Station
11. Which Bridge Did You Cross?
12. Turmoil
13. Daevid’s Special Cuppa
Musiciens:
Musiciens Invites: