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Stickman Records / Blues Funeral Recordings
Elder s’est imposé en un peu plus de deux décennies comme l’un des noms les plus singuliers du heavy psych moderne. Issu de la scène stoner doom américaine, le groupe a progressivement évolué vers une expression plus progressive et cosmique, où la lourdeur des riffs, les variations dynamiques et les paysages sonores expansifs coexistent plutôt que de s’opposer.
Through Zero s’inscrit globalement dans la continuité des développements récents du groupe, plutôt que de marquer une rupture radicale. L’accent reste mis sur des arrangements en couches, les textures et le mouvement dans le paysage sonore, mais cet aspect apparaît ici plus affirmé et plus abouti que jamais.
Les claviers et les éléments électroniques occupent une place accrue, contribuant à une palette sonore plus aérienne et détaillée, tandis que le noyau lourd des riffs maintient en permanence l’ancrage de l’ensemble.
L’enregistrement à Berlin en 2025, aux côtés de Richard Behrens, confère à l’album une forte cohésion. Il donne l’impression d’une œuvre façonnée dans un même espace et une même direction du début à la fin, plutôt que d’un assemblage d’idées disparates.
Le chant est intégré à l’ensemble et se présente davantage comme une couche supplémentaire dans le paysage sonore que comme un élément central traditionnel. Cela renforce l’impression d’une musique qui repose avant tout sur la structure, l’atmosphère et le mouvement, plutôt que sur une construction classique des morceaux.
Le titre Through Zero provient du domaine de l’ingénierie et désigne un signal qui passe par le point zéro pour entrer dans le négatif. Dans l’interprétation d’Elder, il devient plutôt une image de continuité qu’une rupture - un mouvement où les opposés coexistent : contrôle et dissolution, lourdeur et légèreté, lumière et obscurité.
La musique reste ancrée dans les caractéristiques du groupe, mais l’expression s’oriente vers des arrangements plus détaillés et atmosphériques. Les riffs massifs et les structures progressives sont toujours présents, mais encadrés par des textures plus denses, des claviers et des couches plus synthétiques, parfois cinématographiques.
Le morceau-titre agit comme un pivot au sein de l’album, où des passages plus lourds sont entrecoupés de sections ouvertes et flottantes, enrichies d’éléments électroniques qui accentuent les contrastes. Il est suivi de Strata, qui apparaît comme la composition la plus ample et la plus changeante du disque, alternant entre passages calmes, déferlements puissants et surfaces plus teintées d’électronique, dans de vastes mouvements cohérents.
Ce type de narration au long cours caractérise l’ensemble de l’album. Les morceaux dépassent souvent les huit à dix minutes et disposent de l’espace nécessaire pour évoluer de manière organique, les idées n’étant pas simplement répétées mais transformées au fil du parcours.
Sigil To Ruin s’ouvre sur une expansion lente qui évolue progressivement en intensité et en structure.
Capture/Release suit un schéma similaire de dynamiques changeantes entre passages lourds et espaces plus ouverts. Sight Unseen adopte une direction plus épurée, tendant vers une approche instrumentale où les textures et les éléments ambient prennent le pas sur les riffs traditionnels ou les noyaux mélodiques.
Enfin, Blighted Age conclut l’album en brisant le format avec une structure plus courte et plus retenue, où des éléments acoustiques et un tempo plus lent instaurent une fin apaisée plutôt qu’un final affirmé.
Malgré ces arrangements aériens et stratifiés, une lourdeur physique palpable traverse tout l’album. Elle empêche l’ensemble de basculer dans une pure atmosphère et conserve une force terrestre qui unit le tout.
Ce qui rend Through Zero intéressant n’est pas une transformation radicale, mais la manière dont Elder continue à affiner son propre langage avec constance. Plutôt que de chercher de nouvelles directions, le groupe approfondit l’univers qu’il a déjà construit, et y découvre de nouvelles dimensions.
Titres:
Musiciens:
Nick DiSalvo - Guitare / Chant
Jack Donovan - Basse
Mike Risberg – Guitare / Claviers
Georg Edert - Batterie